jeudi 23 septembre 2004
Brûlures, hémorragies, verrues, psoriasis. Certaines personnes ont reçu le don d’apaiser ou de guérir à distance ceux qui souffrent de ces maux. Simple comme un coup de fil, le guérisseur, le coupe-feu, le détenteur du « secret » murmure quelques paroles, une prière par téléphone, esquisse quelques gestes à distance en se concentrant sur la personne malade ou blessée. Les résultats sont souvent miraculeux. Plusieurs affirment que la douleur s’est effacée, que les cicatrices ont disparu.
Il fut un temps où dans le Jura, berceau du Secret, le nombre de guérisseurs était supérieur au nombre de médecins. Bien que la tendance se soit à présent inversée, les réflexes demeurent. Restaurateurs, particuliers et même le service des urgences de l’hôpital de Porrentruy possèdent une liste des guérisseurs et de leur spécialité. Pourtant, rien ne permet d’expliquer rationnellement le fonctionnement du Secret. Un médecin peut-il donc admettre que l’irrationnel entre dans un processus de guérison ? Est-ce du conditionnement psychologique ? Y a-t-il un effet placebo ? Quelles sont les forces sollicitées ? Dans les hôpitaux universitaires à la pointe de la technologie, comme le CHUV, certains médecins font également appel aux guérisseurs ou recommandent des noms à des patients subissant des rayons ou souffrant de graves brûlures. A la ville tout comme à la campagne, cette habitude s’étend.
Les témoignages se succèdent. Dans le Jura, à Genève, Fribourg ou encore dans le canton de Vaud. De guérisseurs, de blessés, de médecins. Personne n’a d’explication. Pourtant, l’humilité des premiers qui se consacrent chaque jour à soulager gratuitement les souffrances des autres, la reconnaissance des seconds et l’incompréhension des troisièmes provoquent un questionnement sur les mystères de la médecine, sur notre rapport à la spiritualité et sur le schisme revendiqué par certains médecins entre la science et la pratique du Secret, héritage ancestral empirique.
Un reportage de Myriam Gazut Goudal et Bettine Hofmann
Image : Walter Hug Son : Christophe Giovannoni Montage : Bronwen Cowley