Après quatre ans d'absence, les fans de la série plus que sexagénaire (voir l'historique ci-contre) peuvent se plonger à oeil perdu dans "Le sanctuaire du Gondwana", un album dans lequel les deux héros partent à la recherche d'une civilisation perdue en Afrique noire.
Les spécialistes s'attendent déjà à des ventes record. Ce nouveau tome, qui contient comme de bien entendu son lot d'énigmes, de pièges, de secrets et de méchants sans foi ni loi, a d'ores et déjà été tiré à 500'000 exemplaires.
A la base, c'est un album intitulé "La Malédiction des trente deniers" qui devait être édité. Ce tome aurait été réalisé par Jean Van Hamme et René Sterne et devait s'intercaler entre "Les Sarcophages du 6e continent" et "Le sanctuaire du Gondwana". Malheureusement, le dessinateur René Sterne a tragiquement disparu il y a deux ans.
Les deux éternels héros britanniques sont donc repris au pied levé par le scénariste Yves Sente et le dessinateur André Juillard. Les auteurs changent depuis le décès du fondateur Edgar P.Jacobs, mais l'esprit demeure, avec ses machinations et ses mystères technologiques. Cette fois, le lecteur est plongé dans une virée au Kenya et en Tanzanie, qui portait alors encore le nom de Tanganyika.
Yves Sente a donné quelques précisions sur ce nouveau tome dans une interview donnée il y a quelques jours au "Figaro": "Nous parlons de la terre mythique, baptisée par les scientifiques Gondwana. Il y a 300 millions d'années, tous les continents étaient rassemblés en un vaste ensemble unique, la Pangée. La fragmentation de ce supercontinent a donné, en sa partie méridionale, le Gondwana. Dans les deux précédents épisodes, le Gondwana était déjà présent. Cet album conclut en quelque sorte cette histoire de 6e continent."
Dans cette nouvelle aventure, on retrouve avec plaisir les deux personnages nés en 1946 et quasiment aussi célèbres que Tintin et Milou. Le premier est le capitaine Francis Blake, un militaire de carrière qui travaille au MI5, les services secrets britanniques de contre-espionnage. Et son compère est le professeur Philipp Mortimer, un intellectuel spécialisé en physique nucléaire. Le blond, moustache et casquette, et le roux, barbe et pipe, sont toujours aussi attachants.
Dans ce nouveau tome, plus que les facéties du très méchant colonel Olrik, l'ennemi juré de nos deux compères, c'est l'apparition des femmes, pour le moins discrètes dans les tomes précédents, qui fait l'événement. Comme Hergé, Edgar P.Jacobs a parfois été traité de misogyne. Contre toute attente, ses successeurs ont choisi d'adjoindre deux personnages féminins dans l'aventure. Et on découvre que nos deux héros peuvent éprouver de vrais sentiments amoureux.
Certains ont toutefois critiqué cette évolution, contraire à l'esprit de Jacobs à leurs yeux. Mais Juillard et Sente assurent que ce n'est pas le cas: "Je suis convaincu que Jacobs aurait bien aimé évoluer dans ce sens, mais à l'époque, c'était impossible", a récemment déclaré André Juillard dans "Le Temps". "Si Jacobs s'est retourné dans sa tombe, c'est de plaisir", ajoute ironiquement Yves Sente.
swisstxt/Frédéric Boillat