Le pape a défendu l'entrée dans l'UE de la Turquie, "charnière entre l'Asie et l'Europe", dès son arrivée à l'aéroport d'Ankara pour une visite de quatre jours, selon le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan. Les autorités turques ont également manifesté leur volonté de conciliation: avant de s'envoler pour le sommet de l'OTAN à Riga, M. Erdogan est allé accueillir le souverain pontife à sa descente d'avion, un geste exceptionnel qui n'était pas prévu.
"Je lui ai demandé son soutien sur notre chemin vers l'Union européenne. Il a dit « nous voulons que la Turquie fasse partie de l'Union européenne »", a affirmé à la presse M. Erdogan après son entretien avec Benoît XVI.
Interrogé sur le discours de Ratisbonne, dans lequel le pape avait semblé associer l'islam à la violence, M.Erdogan a affirmé avoir expliqué au pape que l'islam était "une religion d'amour et de tolérance" et que son interlocuteur avait été d'accord avec lui. La rencontre entre le pape et le chef du gouvernement turc avait été rajoutée in-extremis au programme de la visite.
M. Erdogan avait été soupçonné de vouloir éviter cette rencontre après la violente controverse de septembre. Les réticences passées du pape à l'entrée de la Turquie dans l'UE, du temps où il était encore cardinal, avaient également créé un climat de méfiance.
Dans l'avion, devant les journalistes qui l'accompagnaient, le pape a commencé à lever cette hypothèque: il a défini la Turquie comme "un pont entre les cultures", "un lieu de rencontre et de dialogue", rappelant que "le fondateur de la Turquie moderne", Kemal Atatürk, avait eu comme "modèle" la France et sa constitution laïque. "Et donc le dialogue entre la raison européenne et la tradition musulmane est inscrite dans l'existence de la Turquie moderne", a-t-il souligné.
Sa rencontre avec le directeur des affaires religieuses au sein du gouvernement Ali Bardakoglu était très attendue et a donné lieu à un échange de 15 minutes devant les télévisions sur l'importance du dialogue interreligieux, un exercice totalement inhabituel pour Benoît XVI. Les deux hommes, vêtus de blanc, ont échangé des cadeaux et une poignée de mains mais leur rencontre a été suivie de discours francs sur les conditions du dialogue entre les religions.
Le pape a appelé chrétiens et musulmans à un "dialogue authentique basé sur la vérité", qui respecte "les différences et reconnaisse ce qu'ils ont en commun". M. Bardakoglu, religieux musulman qui est un haut fonctionnaire du gouvernement, a pour sa part regretté une montée de l'"islamophobie" qui présente l'islam comme une religion qui encouragerait la violence, une forme de mise au point après les propos du pape sur l'islam. Les responsables religieux devraient "refuser d'être les instruments des tensions de la politique internationale", a-t-il ajouté.
Dans un pays laïque, à 99% musulman, où la liberté de culte est reconnue mais où les minorités chrétiennes réclament plus de liberté d'action, le pape a aussi insisté sur l'importance d'une liberté religieuse "garantie institutionnellement et respectée effectivement". Il avait auparavant souligné l'importance, pour l'Europe comme pour la Turquie, de la laïcité qu'il a opposée au laïcisme, c'est-à-dire à "une séparation totale" entre la vie publique et les valeurs "qui ont fondamentalement comme origine la religion".
Les principales artères de la capitale avaient été pavoisées avec les drapeaux jaune et blanc du Vatican et rouge et blanc de la Turquie dans une relative indifférence de la population, avant tout irritée par les mesures draconiennes de sécurité, encore plus strictes que pour la visite en 2004 du président américain George W. Bush, selon les autorités.
afp/kot/ant
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