La police française a arrêté trois jeunes qui appelaient chacun de leur côté à l'émeute sur leur blog. Les trois suspects encourront jusqu'à cinq ans de prison si la qualification d'»incitation à commettre des agressions contre des personnes», est retenue.
Les trois jeunes «ne se connaissent pas entre eux», a indiqué le ministre de la justice Pascal Clément devant la presse. Selon lui, l'un des auteurs de ces blogs était âgé de seize ans et vivait à Aix en Provence.
«Il appelait à l'émeute et à l'attaque des commissariats de police», a ajouté le ministre. «Les sites incitaient à participer aux mouvements généraux de violences urbaines et à attaquer des policiers et des commissariats», a déclaré de son côté un magistrat du parquet de Paris.
Les trois «blogs» - des chroniques personnelles publiées sur internet - étaient hébergés sur le site de blogs Skyblog de la radio Skyrock, qui les a désactivés durant le week-end.
Dans un blog hébergé par Skyblog, on rend hommage aux deux jeunes décédés le 27 octobre dernier, dans la centrale EDF. L'occasion pour tout un chacun d'exprimer sa compassion envers les familles de Bouna et Zied, mais pas seulement.
Tous les messages sont mêlés, aussi bien les interventions qui en appellent au bon sens, que des exhortations à la violence : «Déjà mes condoléances pour la famille de ces deux jeunes.
Mais c'est pas une raison de brûler des milliers de voitures de gens qui sont innocents» peut-on lire dans les «commentaires» situés en-dessous des photos des victimes.
Et juste un peu plus bas: «Fréres fo sunir et pa laché pris si lé putes de Keufs ose tiré sur nou les zarmé d'Algérie, Tunisie, Maroc, Lybie von venir nou soutenir et nou zaidé pour la victoire final! (sic)» Un appel au djihad on ne saurait plus clair...
«La vie de deux jeunes mérite-t-elle que l'on brûle des crèches, des voitures, des postes?» U-blog dans les réponses de l'article "Nuit d'émeute à Clichy-sous-Bois", se fait également le relais des réactions à chaud qui traduisent le ras-le-bol, mais avec moins d'interventions radicales.
"Les raisons de ces insurrections sont, tour à tour, le chômage, la précarité et la désillusion sur les mesures promises par le monde politique". On y lit également l'indignation de la majorité silencieuse qui subit les pillage dans ses villes.
«Pauvre France, quand nos compatriotes vont-ils se réveiller, et coller en prison toutes les ordures responsables de cette situation?»
Dans le blog des jeunes militants socialistes, «Fraise des Bois, me voilà», auquel on peut accéder en passant par l'édition Internet du journal Le Monde, on s'insurge contre la surenchère médiatique, mais en nuancant très rapidement.
Un phénomène surmédiatisés, peut-être, mais qui dévoile un malaise latent: «Le problème c'est qu'on ne "traite" pas en quarante huit heures un mal aussi profond, aussi inscrit dans la ségrégation urbaine, aussi gravé dans la mentalité de deux générations.» peut-on lire en commentaire.
Dans une intervention baptisée «Clichy sous bois: le désastre des banlieues», la jeunesse de droite réplique aux attaques qu'essuie ces derniers temps le ministre de l'Intérieur, UMP (droite): «La gauche qui ne sait plus quoi faire pour monter au créneau et montrer qu'elle existe, continue à victimiser cette population.
Elle préfère par l'intermédiaire de son Secrétaire national, jouer la carte de la démagogie, critiquer et insulter Nicolas Sarkozy et tenter une récupération politique de l'affaire des banlieues.»
Le blog US Media News sur le traitement des émeutes par les médias américains laisse songeur: on y apprend que les journaux tentent d'établir un lien entre les violences urbaines et la menace terroriste islamiste, un sujet très sensible aux Etats-Unis.
Selon la Une du New York Times, le ministre des affaires étrangères Philippe Douste-Blazy a prévenu que la France risquait de perdre la bataille dans les quartiers d'immigrés face à la radicalisation des mouvements religieux. "Un langage diplomatique pour désigner l'extrémisme islamiste", précise entre parenthèses le New York Times.
Amar Henni, éducateur en banlieue et auteur de "Cités hors la loi, la jeunesse invente ses règles", nous livre une analyse plus fine, issue de son expérience du terrain.
Selon ce dernier, l'erreur remonte à la visite de Nicolas Sarkozy dans les banlieues. Il aurait provoqué les jeunes en les assimilant tous à des voyous. «Que quelques gens délirent, fassent du trafic, c'est un fait, mais mettre tous les jeunes dans le même sac, c'est une erreur énorme» lit-on dans son blog.
«Les gamins qui étaient en colère étaient dans cette logique d'honneur à Clichy-sous-Bois. Défier Sarkozy, pour eux c'est un capital réputation important. Attaquer le bus, brûler un magasin, c'est faire parler d'eux. Plus c'est gros, plus leur capital monte.»
Il semblerait que le personnage soit bel est bien au coeur d'un malaise dont personne ne connaît l'issue. Est-il besoin de rappeler que l'Histoire de France a déjà connu des révolutions... et des têtes qui tombent?
Sarah Chevalier, tsr.ch
France : onzième nuit consécutive de violences urbaines - 7 novembre, le 12:45[ min.] Les banlieues flambent toujours dans toute la France - 7 novembre