Le jugement a été rendu à Coire par le Tribunal militaire 7. Celui-ci a décidé d'octroyer 90'000 francs d'indemnités au guide militaire de 34 ans, et 75'000 francs au second accusé, un guide de montagne privé de 47 ans. Ce verdict a été accueilli avec une déception visible par les familles des victimes (lire ci-contre).
Le procureur militaire n'a pas voulu s'exprimer vendredi sur un éventuel recours contre cette décision. Le jugement peut être contesté dans les cinq jours.
Le procureur militaire avait réclamé neuf mois de prison avec sursis et une amende de 1500 francs contre les deux guides. Il les accusait d'homicides multiples par négligence et de violation multiple du règlement de service. La défense avait, elle, demandé l'acquittement, estimant que les deux hommes n'avaient fait aucune erreur.
Cinq recrues, âgées de 20 à 23 ans, et un sergent ont fait une chute mortelle de 1000 mètres le 12 juillet 2007. Six autres militaires et les deux guides ont survécu. Le tribunal a assuré, comme l'accusation, que le drame était dû à une avalanche. Il n'a pas retenu la thèse d'un accident de cordée avancée mercredi par un sauveteur de la Rega devant la cour.
Pour le président du tribunal, la décision d'entamer une ascension directe vers le sommet de la Jungfrau dans une pente de 45 degrés était certes objectivement erronée, car cela a déclenché l'avalanche fatale.
Pour retenir l'homicide par négligence, il aurait toutefois fallu que les accusés n'aient pas pris en compte les conséquences, en violation de leur devoir, et pris des risques exagérés. Cela n'a pas été le cas, a estimé le tribunal.
Le procureur avait requis neuf mois avec sursis et une amende de 1500 francs. [Keystone]
Les recommandations des bulletins d'avalanches ne sont pas un «impératif catégorique». Des normes ou règles concrètes auxquelles un guide devrait se conformer de manière contraignante font défaut.
Ni la veille de la course fatale ni le jour même les deux guides n'avaient perçu le moindre signal d'alarme d'un danger d'avalanches. Selon le tribunal, ils n'ont pas fait preuve de négligence en jugeant le danger d'avalanches «modéré». Ils ont pu partir du principe qu'il allait diminuer rapidement, comme c'est habituellement le cas en été.
Selon le tribunal, les six militaires décédés ont été victimes d'une «sournoise couche de neige faible». Comme l'homicide par négligence n'a pas été retenu, il n'y a pas non plus de violation du règlement de service.
Dans la matinée, les deux accusés s'étaient adressés aux proches des victimes pour exprimer leur tristesse. «Je pense chaque jour aux accidentés. Ils étaient devenus mes amis», a déclaré le guide de 47 ans. Le prévenu a remercié les proches des victimes de ne pas l'avoir condamné d'emblée avant le début du procès.
L'autre accusé a exprimé sa «douleur sans limite»: «six camarades de montagne enthousiastes ont perdu la vie». Et d'ajouter qu'il a planté un panneau commémoratif sur les lieux de l'accident.
Le drame de la Jungfrau est l'accident militaire le plus meurtrier de ces dernières années en Suisse, après celui de rafting sur la Kander (BE) qui avait coûté la vie à cinq soldats en juillet 2008. Cette affaire s'était conclue le mois dernier par une peine de 18 mois avec sursis contre le capitaine responsable et par son exclusion de l'armée.
ats/sbo
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