Modifié le 26 avril 2013

L’EPFL confrontée à un cas de plagiat

Après l'Université de Fribourg, c'est au tour de l'Ecole polytechnique de Lausanne d'être confrontée à un soupçon de plagiat.
Après l'Université de Fribourg, c'est au tour de l'Ecole polytechnique de Lausanne d'être confrontée à un soupçon de plagiat. [ - ]
Un livre intitulé "La légende de l’effet de serre" produit l’effet d’une bombe à l’EPFL. Son auteur, François Meynard, employé de la haute école de Lausanne, a fait quasiment du copier-coller sur vingt pages, à partir de Wikipedia, sans citer de source, révèle l'enquête de la TSR. L'enseignant pourrait en outre se voir accusé d’avoir usurpé le nom de l’EPFL.

Une semaine après l'Université de Fribourg, c'est l'Ecole polytechnique fédérale à Lausanne (EPFL) qui se trouve dans la tourmente pour un soupçon de plagiat. François Meynard est attaqué sur tous les fronts. Climatosceptique assumé, il défend mordicus, dans son livre "La légende de l’effet de serre", la thèse selon laquelle l’homme – et le CO2 qu'il dégage – n’est en rien responsable du réchauffement climatique. L’auteur, qui admet ne pas être spécialisé dans le domaine du climat, ne s’attribue pas moins une légitimité scientifique, en tant que physicien et docteur en mathématiques. Etiqueté en quatrième de couverture comme "responsable du programme d’enseignement de Sciences humaines de l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL)", il est sévèrement attaqué par d’autres scientifiques.

Méthode en cause

D’abord, sur la méthode. On lui reproche d’avoir recopié presque mot pour mot 20 pages du site wikiberal.org, une encyclopédie "libérale et libertarienne" développé par l'association Liberaux.org, sans citer la moindre source. Certes, il mentionne que les pages incriminées se trouvent sur internet, mais sans en donner l'origine. La climatologue Martine Rebetez ne mâche pas ses mots: "Le copier-coller, c’est exactement ce qu'on demande aux étudiants de ne pas faire. Aucun étudiant ne pourrait faire passer un tel travail sous cette forme." Michelle Bergadaà, professeure à l'Unversité de Genève, spécialiste du plagiat, abonde dans ce sens: "C’est du plagiat pur et simple. Et c’est grave, dans la mesure où ce n’est absolument pas scientifique. Il faut toujours permettre au lecteur de remonter à la source pour se faire une opinion par lui-même. Il est inconcevable que l’auteur de ce livre se présente comme un scientifique."

François Meynard fait valoir un doctorat en mathématiques pour affirmer le contraire. Face à l’accusation de plagiat, il se dit "gêné", mais affirme que les critiques "s’attaquent au messager plutôt qu’au message, parce que je viens déstabiliser sinon contredire les climatologues." Pour lui, l’absence de citation relève "de l’imperfection ou de la coquille". Mais "le fait de se contenter d’écrire que l’on trouve l’original sur internet n’est pas une cachotterie dramatique".

"Aucune validité"

Le deuxième reproche adressé à François Meynard porte sur le fond. L’auteur affirme qu'il a puisé son argumentaire dans les thèses de scientifiques confirmés. Martine Rebetez s'insurge: "Cela n’a aucune validité. Les thèses reprises sont anciennes, et il a été démontré qu’elles étaient fausses." François Meynard demande qu'on lui "indique exactement ce qui est faux".

Troisième problème: l'auteur dit avoir écrit son ouvrage dans le cadre privé, tout en admettant que le livre reflète en partie son enseignement à l'EPFL. Par ailleurs, il se présente toujours, dans les médias et dans son livre,  comme collaborateur à l'EPFL, et non des moindres puisqu'il s'affiche comme "responsable du programme d'enseignement de Sciences humaines de l'EPFL".

Idéologie du climatoscepticisme?

Autant d’aspects qui créent le malaise au sein de la haute école. Pour Jérôme Grosse, porte-parole de l'institution, il s’agit maintenant "d’analyser sérieusement" trois points. Premièrement, celui du plagiat: "Le plagiat est évidemment délicat. Si 20 pages sont directement copiées-collées de wikiberal, sans recul critique, on peut se poser la question du sérieux de la méthodologie du livre", concède-t-il. Deuxièmement, il s’agit de clarifier si le professeur livre un enseignement ou s'il répand des thèses: "Cette charge de cours sera examinée pour voir si elle ne consiste pas à idéaliser et à idéologiser le climatoscepticisme", poursuit Jérôme Grosse.

Enfin, l’EPFL examinera si l’auteur n’a pas usurpé son statut et le nom de l’école en l’associant à son ouvrage: "Nous voulons éviter que ce type de livres perturbent et atteignent l’image de l’école. On ne peut pas laisser ce type de théories se répandre en notre nom, sans qu’elles soient issues de nos travaux, explique le porte-parole. Il est extrêmement délicat que le nom de l’EPFL y soit associé, alors que les théories que véhicule ce livre n’émanent pas du tout de chercheurs de notre école". Par ailleurs, Jérôme Grosse tient à rectifier le statut de François Meynard: "L’auteur laisse à penser qu’il est en charge de tous les programmes des Sciences humaines de l’école, ce qui n’est pas le cas. Sa responsabilité est administrative." L’EPFL s’apprête à saisir son ombudsman pour éclaircir la situation, voire prononcer des sanctions.

Ron Hochuli

Publié le 22 juillet 2011 - Modifié le 26 avril 2013