Modifié le 28 juin 2010

La Suisse finance aussi les armes à sous-munitions

Le symbole des victimes des mines anti-personnel, sur la Place des Nations à Genève.
Le symbole des victimes des mines anti-personnel, sur la Place des Nations à Genève. [Keystone]
Plusieurs ONG, dont la Déclaration de Berne, ont lancé mercredi une campagne contre le financement des armes à sous-munitions. En Suisse, les banques UBS, Credit Suisse et Vontobel sont accusées de financer les activités des sept principaux producteurs d'armes à sous-munitions.

Au moins 146 institutions financières de 15 pays fournissent
plus de 43 milliards de dollars en investissements et services
financiers à ces sept producteurs, selon un rapport publié mercredi
à Genève sur "l'arrêt des investissements explosifs" par les
membres de la Coalition anti-armes à sous-munitions, Pax Christi et
Handicap International.





Les banques américaines sont parmi les plus gros investisseurs.
Les sept plus gros producteurs d'armes à sous-munitions sont, selon
le rapport, les Américaines ATK Alliant Techsystems, L-3
Communications, Lockheed Martin et Textron; les Sud-Coréennes
Hanwha et Poongsan; et la firme de Singapour Singapore Technologies
Engineering.

"La Suisse a un rôle à jouer"

Les trois banques suisses UBS, CS et Vontobel financent à
hauteur d'environ un demi-milliard de francs les producteurs
d'armes à sous-munitions, a précisé le directeur de Handicap
International, Paul Vermeulen. En outre, 25 autres institutions
financières suisses ont des portefeuilles d'actions et
d'obligations moins importantes.





"Il est inacceptable que les économies et les fonds de pension de
la population suisse soient investis dans la production d'armes qui
tuent et mutilent dans le monde", a expliqué Paul Vermeulen. "Il
faut bannir les investissements qui rapportent des profits sur la
souffrance humaine", a-t-il ajouté.





Comme place financière, la Suisse a un rôle important à jouer, a
souligné le responsable de Handicap International. Les Etats qui
ont signé la Convention d'Oslo ont intérêt à ce que la production
des sous-munitions s'arrête partout, a-t-il fait valoir.

De la transparence

Le traité d'interdiction des armes à sous-munitions, signé par
105 Etats, dont la Suisse, et ratifié par 30 Etats, doit entrer en
vigueur le 1er août.





Ross Boer de Pax Christi, co-auteure du rapport, a affirmé que si
un gouvernement s'engage à interdire les armes à sous-munitions,
cela n'a pas de sens de continuer à autoriser les investissements
dans la production de ces armes. Il faut encourager les entreprises
à désinvestir dans ce secteur, a-t-elle dit.





Selon elle, il faut que les clients des banques qui financent ces
activités réclament davantage de transparence. Parmi les 146
institutions financières visées, 44 ont leur siège dans des Etats
signataires de la Convention d'Oslo et 16 dans des pays qui l'ont
ratifiée.





ats/ant

Publié le 14 avril 2010 - Modifié le 28 juin 2010

Credit Suisse et UBS réagissent

Suite aux attaques de plusieurs ONG concernant le financement d'armes à sous-munitions par des banques suisses, le Credit Suisse et UBS ont rapidement réagi. Le CS affirme qu'il accorde une grande importance au respect des droits humains dans toutes ses activités.

"Nous appliquons des normes transparentes et strictes dans ce domaine", a affirmé un porte-parole du Credit Suisse.

Le porte-parole de l'UBS, J-R.Fontannaz, a également affirmé que la banque respecte des principes stricts en la matière. L'UBS n'a néanmoins pas de directives internes uniformes dans le domaine des droits de l'homme,a-t-il noté

Droits humains: la Déclaration de Berne s'attaque aux grandes banques suisses

La Déclaration de Berne (DB) critique les grandes banques suisses, impliquées selon elle dans des violations des droits humains dans plusieurs pays. L'ONG leur a demandé mercredi de respecter dans leurs activités des normes contraignantes en matière de droits humains.

Pour appuyer ses dires, la DB lance une campagne sur le site internet banquesetdroitshumains.ch (voir lien ci-dessous), en documentant 18 cas au total. Elle donne l'exemple de l'implication d'UBS et du Credit Suisse dans le travail forcé en Ouzbékistan, les déchets toxiques en Côte d'Ivoire, des expulsions en Papouasie-Nouvelle-Guinée, la production d'agrocarburants ou l'extraction minière dans plusieurs pays.