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LPP: Aldo Ferrari dénonce le "vol des rentes"
21.02.2010 - 12:14 - mise à jour: 03.09.2010 20:28Les Suisses sont appelés à voter le 7 mars prochain sur la baisse du taux de conversion de la prévoyance professionnelle. Ce taux détermine le montant de la rente du 2e pilier versé chaque année aux personnes retraitées. Il est actuellement de 7% pour les hommes et de 6,95% pour les femmes. Pour un capital-vieillesse de 100'000 francs, le montant versé chaque année est donc de 7000, respectivement 6950 francs.
Une première révision de la LPP entrée en vigueur en 2005 prévoit de baisser ce taux à 6,8% pour tous en 2014. Le projet mis en votation propose de l'abaisser à 6,4% en 2016 (lire explications ci-contre). Unia a lancé le référendum contre cette baisse, dénonçant une baisse "insupportable et inutile". Très en vue dans cette campagne, Aldo Ferrari, le secrétaire régional d'Unia Vaud, a répondu aux questions de tsrinfo.ch.
tsrinfo.ch : En 2004, les syndicats avaient approuvé une baisse du taux de conversion à 6,4%. En 2008 pourtant, Unia a lancé le référendum. Pourquoi avoir changé votre fusil d'épaule ?
Aldo Ferrari : Dire que les syndicats ont retourné leur veste n'est pas juste. Les représentants des syndicats dans la commission fédérale LPP ont voté pour une baisse du taux de conversion à 6,4% dans le seul but de limiter la casse face aux velléités du Conseil fédéral et des partis bourgeois, qui voulaient imposer une baisse bien plus importante à 6%.
Certains affirment pourtant que vous essayez de surfer sur la vague du ressentiment populaire face aux pertes boursières réalisées l'an dernier.
Le 23 avril 2007 déjà, Unia avait fait part de son intention de lancer le référendum, alors que la révision était encore en discussion aux Chambres fédérales. Nous étions alors dans une période de boom économique, dans une situation extrêmement florissante. Le syndicat avait accepté la 1ère révision de la LPP, qui réduisait le taux de conversion tout en offrant des mesures compensatoires pour les femmes et les bas revenus, et avait affirmé qu'il n'irait pas au-delà. Nous avons simplement fait ce que nous avions dit et nous avons lancé le référendum.
Chaque année, les caisses doivent puiser 600 millions sur les rendements pour financer les rentes, affirment les partisans de la baisse du taux de conversion. Ne faut-il pas réagir ?
On est en train de piloter un tanker de 660 milliards avec la technique de navigation d'un zodiac. Ce chiffre découle de la méthode Coué. Les assureurs ont tout simplement avancé un montant correspondant aux économies réalisées si l'on fait passer le taux de conversion de 6,8% à 6,4%. Comment peut-on prétendre que l'on perd 600 millions par année alors que le taux de couverture des caisses de pension est de 104% ? Selon l'Office fédéral des assurances sociales (OFAS), si tous les engagements des caisses étaient servis dans leur intégralité, il resterait encore un excédent de 20 milliards de francs.
La campagne est devenue une véritable guerre des chiffres, et l'on peine à savoir au final qui à raison et qui à tort.
Nous n'avançons que des chiffres existants. Pour la situation des caisses au 31 décembre 2009, les chiffres de Swisscanto - la référence utilisée par les autorités publiques, par les employeurs et par les syndicats. Pour les résultats d'exploitation du compte 2e pilier, les chiffres de l'OFAS. Nous n'avons rien inventé. En revanche, les 600 millions avancés par les partisans de la baisse du taux de conversion n'existent nulle part.
Les partisans du oui vous accusent tout de même de sous-estimer l'augmentation de l'espérance de vie.
Il y a beaucoup d'hypothèses quant à l'évolution future de l'espérance de vie. Une chose est sûre : les derniers chiffres démontrent que le taux de conversion que nous appliquons aujourd'hui est conforme à la réalité de 2009. Nous ne nions pas que les Suisses vivent de plus en plus longtemps, mais affirmer aujourd'hui qu'il y a un manque de financement, c'est tirer des plans sur la comète.
Les Suisses pourraient voir leur rente LPP diminuer si le oui l'emporte. [Keystone]
C'est pourtant ce que font le Conseil fédéral et les partisans de la baisse du taux de conversion.
Le Conseil fédéral tire des projections, tout comme les assureurs. Nous, on prône d'attendre et d'évaluer l'impact concret de la baisse du taux de conversion à 6,8%. Quarante ans de cotisations, 20 ans de prestations : on est en train de piloter un tanker de 660 milliards avec la technique de navigation d'un zodiac. Je ne pense pas que le peuple suisse fasse confiance à cette vision-là. On nous dit que gouverner c'est prévoir. Mais dans le 2e pilier, gouverner ce n'est pas prévoir à cinq ans. Si la situation était aussi grave que ça, il aurait fallu légiférer par arrêté fédéral urgent...
Quittons les questions démographiques et passons à l'aspect économique. Entre 2000 et 2009, l'indice Pictet - une référence pour les caisses de pension - montre que le rendement n'a été que de 2,7%, bien loin des 4,9% nécessaires pour assurer le financement d'un taux de conversion à 6,8%.
Oui, mais chacun déplace le curseur comme ça l'arrange. Entre 1985 et 2009, le rendement a été de près de 6%. Et bien davantage si l'on ne prend en compte que l'an dernier. Pour évaluer le 2e pilier, il faut examiner une période d'au moins 20 ans. En dessous de 20 ans, ce n'est pas sérieux. Par ailleurs, de 1985 à 2009, les caisses de pension ont rétribué 3,6% en moyenne sur les comptes des assurés, bien moins que les rendements réalisés. Les réserves qu'elles ont pu constituer sont justement là pour les mauvaises années.
Mais exiger un rendement de 4,9%, n'est-ce pas obliger les caisses de pension à prendre des risques exagérés, comme l'affirme economiesuisse ?
Les assureurs privées proposent des rendements sur capitaux de 10-12% à leurs actionnaires. Nous n'en demandons pas tant. Nous ne voulons pas que les caisses de pension prennent des risques, mais qu'elles investissement correctement dans des sociétés qui participent à la vie économique de notre pays. Une économie réelle qui ne produit pas 5% de rendement, c'est une économie qui ne fonctionne pas.
La conjoncture est mauvaise, le chômage augmente, la polémique enfle sur les grands salaires et les bonus, les enquêtes d'opinion donnent une quasi-majorité au non et un score ridicule au oui. La votation est-elle pliée ?
Nous n'avons pas récolté 200'000 signatures par hasard. Je crois qu'un ras-le-bol est objectivement en train de s'installer dans la population sur cette question. Si le oui l'emporte, à partir de 4500 francs par mois de salaire, les gens paieront plus pour toucher moins. Il y a effectivement des indicateurs qui montrent que nous pouvons gagner, mais une votation n'est jamais pliée. Pour nous, elle ne le sera que le 7 mars, vers 16 heures ou 17 heures.
Propos recueillis par Didier Kottelat
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Les assureurs privés dans le collimateur d'Unia
tsrinfo : Vous attaquez violemment les compagnies d'assurance, qui ne gèrent que 20% des fonds. Ne sont-elles pas des boucs émissaires dans cette votation ?
Aldo Ferrari : Les assureurs privés ne gèrent peut-être que 20% des fonds, mais ils représentent la moitié des assurés. De plus, toutes les personnes qui cotisent chez eux sont touchés par la baisse du taux de conversion, contrairement à de nombreux assurés des caisses de pension autonomes, qui sont assurés dans le régime de la primauté des prestations. Les assureurs ne sont donc nullement des boucs émissaires dans ce débat, mais plutôt ceux qui doivent expliquer pourquoi ils ont besoin de cette baisse du taux de conversion.
tsrinfo : Dans son argumentaire, economiesuisse affirme pourtant que les caisses de pension sont largement favorables à la baisse du taux de conversion.
Aldo Ferrari : L'ASIP, l'Association suisse des institutions de prévoyance ? Dans son comité, il y a des assureurs et il n'y a aucun représentant des salariés. Les trois représentants de caisses de pension qui se sont prononcés pour le oui lors de la conférence de presse d'economiesuisse venaient de caisses sous mesure d'assainissement : ceux qui n'ont pas géré le passé nous expliquent comment gérer l'avenir.Deux visions diamétralement opposées
Pour les partisans de la révision (les partis de droite, le Parlement et le Conseil fédéral), la diminution du taux de conversion s'impose en raison du vieillissement de la population et des faibles taux de rendement des capitaux.
Si le taux de conversion est maintenu à 6,8%, les actifs devront mettre la main à la poche pour assurer le financement des caisses de pension.
Selon eux, l'espérance de vie a été sous-estimée en 2005. Elle s'élèverait actuellement à plus de 20 ans après l'âge de la retraite pour les hommes, et plus de 23 ans pour les femmes.
Les rentes devraient ainsi être versées pendant plus d'années. Elles doivent donc être réduites, afin de ne pas épuiser le capital-vieillesse avant le décès de l'assuré.
Ces estimations sont largement contestées par les opposants (PS, Verts, syndicats et associations de consommateurs), qui dénoncent des prévisions trop alarmistes. Selon eux, la baisse des rentes annuelles pourrait atteindre 11 à 15%, suivant les cas.
Pour la gauche, les compagnies d'assurance réalisent d'énormes bénéfices sur les placements de capitaux, une manne de plusieurs centaines de millions qui profite aux actionnaires, au détriment des assurés.
Les opposants s'inquiètent surtout de voir le 2e pilier diminué pour les nombreux assurés qui ne disposent pas de 3e pilier.
Le syndicat Unia soupçonne même les assureurs de vouloir fragiliser le 2e pilier pour mieux vendre un 3e pilier aux salariés.Liens
- La Loi fédérale sur la prévoyance professionnelle vieillesse, survivants et invalidité (LPP)
- Le dossier du Parlement sur la baisse du taux de conversion
- La prévoyance professionnelle sur le site de l'Office fédéral des assurances sociales
- "Non au vol des rentes": l'argumentaire des référendaires sur le site d'Unia
- "Oui à des rentes sûres et équitables": l'argumentaire des partisans de la baisse du taux de conversion
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