Modifié le 30 mai 2011

L'Allemagne sort du nucléaire, mais pas l'Europe

La centrale nucléaire de Fessenheim près de Colmar est la plus ancienne de France.
La centrale nucléaire de Fessenheim, près de Colmar, est la plus ancienne des 58 usines de France. [ - Vincent Kessler - Reuters]
Les inquiétudes sur la sécurité de l'atome, ravivées par le très grave accident nucléaire au Japon, ont poussé l'Allemagne et la Suisse à abandonner ce mode de production d'électricité, mais la filière nucléaire est loin d'être moribonde en Europe.

Le club des nations nucléaires en Europe compte quatorze membres de l'Union européenne: Allemagne (17 réacteurs), Belgique (7), Bulgarie (2), France (58), Finlande (4), Espagne (8), Hongrie (4), République Tchèque (6), Pays-Bas (1), Roumanie (2), Slovaquie (4), Slovénie (1), Suède (10) et Royaume-Uni (19), plus la Suisse (5), l'Ukraine (15) et la Fédération de Russie (32).


Actuellement, 440 réacteurs nucléaires sont en état de marche dans trente pays. Ces réacteurs fournissent 13,8% de l'électricité de la planète, selon les dernières données disponibles de la World Nuclear Association. Six pays génèrent à eux seuls les trois quarts de cette énergie nucléaire: Etats-Unis (104 réacteurs), France (58), Japon (51), Russie (32), Allemagne (17) et Corée du Sud (21).


La sortie annoncée de l'Allemagne n'est pas une surprise. La décision du gouvernement allemand de fermer ses derniers réacteurs en 2022 confirme un calendrier adopté en 2000. La décision helvétique est plus surprenante, car la Suisse envisageait la construction de nouveaux réacteurs.


Les chantiers de centrales nucléaires (ici en Bulgarie en 2004) ne sont pas près de disparaître.
Les chantiers de centrales nucléaires (ici en Bulgarie en 2004) ne sont pas près de disparaître. [EPA/VASSIL DONEV - ]


Le choix du nucléaire fait également débat en Belgique, avec une sortie planifiée pour 2025, et en Espagne, avec une fermeture des réacteurs arrivant en fin de terme. Mais à Bruxelles comme à Madrid, les dirigeants posent la question des conséquences en terme d'approvisionnement. La Suède a décidé de conserver le nucléaire pour son mixe énergétique et a autorisé la construction de nouveaux réacteurs pour remplacer les anciens.


Nouveaux réacteurs

Six nouveaux réacteurs sont en construction dans l'Union européenne: 2 en Bulgarie, 1 en Finlande, 1 en France et 2 en Slovaquie. Et 24 autres réacteurs sont en projets: 1 aux Pays-Bas, 2 en Finlande, 2 en République Tchèque, 1 en France, 2 en Lituanie, 4 en Pologne, 1 en Slovaquie, 1 en Slovénie, 2 en Roumanie et 8 au Royaume-Uni.  Au niveau mondial, 61 réacteurs nucléaires sont en cours de construction, dont 27 en Chine.


Les décisions de l'Allemagne et de la Suisse ne semblent pas pour l'instant en mesure de modifier cette donne. "Ce n'est pas le choix" de la France, a ainsi affirmé lundi le Premier ministre français. François Fillon a précisé que le gouvernement juge que cette énergie constitue une "solution d'avenir". Mais le débat semble relancer en France (voir ci-contre).


La Slovaquie et de la Slovénie ont également confirmé lundi l'option du nucléaire civil, car elles en sont très dépendantes pour couvrir leurs besoins énergétiques. D'autant que le Japon n'entend pas renoncer à l'atome et que la Chine se lance avec 34 nouveaux projets dont 26 déjà en voie de réalisation. Mais les décisions allemande et suisse pourraient peser sur les débats en cours en Pologne et en Italie, où le chef du gouvernement Silvio Berlusconi a été contraint de geler ses plans pour un retour au nucléaire, abandonné en 1987.


L'UE pas pour une sortie

Les écologistes et les socialistes au Parlement européen veulent croire à une accélération du processus de sortie du nucléaire. Mais la Commission européenne douche ces espoirs. "30% de l'électricité dans l'Union européenne est produite par le nucléaire", a récemment rappelé le commissaire à l'Energie Günther Oettinger.


Greenpeace est convaincue que les énergies renouvelables, surtout le solaire et l'éolien, sont en mesure de prendre le relais et de couvrir 68% des besoins en électricité de l'UE dès 2030 et 99,5% en 2050. Mais pour cela, il faut que le nucléaire perde son accès prioritaire aux réseaux acheminant l'électricité et il faut que les Etats de l'UE consentent d'énormes investissements. La Commission les a chiffrés à 140 milliards d'ici à 2020 pour développer les seuls réseaux de lignes à haute tension. "L'énergie nucléaire est une réalité et ce sera le cas pendant un certain temps", a confié la commissaire en charge du Climat, Connie Hedegaard, résumant le sentiment dominant au sein de l'UE.


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afp/cab


Publié le 30 mai 2011 - Modifié le 30 mai 2011

Débat relancé en France

Les réactions n'ont pas manqué en France après la décision de l'Allemagne d'abandonner le nucléaire en 2022.

Avec 58 réacteurs et 85% environ de sa production électrique d'origine nucléaire, la France est très dépendante de l'atome. Pour les Verts, sa position n'est plus "tenable". Pour la candidate verte à la présidentielle, Eva Joly, "la France rate le train du démantèlement dont l'Allemagne va devenir une experte".

La secrétaire d'Europe Ecologie-Les Verts, Cécile Duflot, fustige "l'intoxication mentale" en France. Les deux souhaitent une sortie du nucléaire d'ici 20 à 25 ans. Une exigence relayée lundi par Nicolas Hulot, qui a demandé à la France de "ne pas s'entêter".

Le numéro 2 du PS, Harlem Désir, croit à une "sortie progressive même si ce sera long". Il mise sur le solaire, la géothermie et les éoliennes.

L'UMP n'a pas tardé à réagir par la voix de son secrétaire général, Jean-François Copé. "La France ne doit pas suivre le même chemin, j'y suis défavorable", a-t-il dit, vantant "les conditions de sécurité remarquables" des réacteurs français.

Jean-François Copé a estimé que le nucléaire est un "élément majeur de la puissance industrielle".

La présidente du groupe nucléaire français Areva, Anne Lauvergeon, a mis pour sa part en doute la légitimité de la décision allemande. C'est "une décision sans référendum", a-t-elle ainsi regretté.