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Sans toit, ni droit
On les appelle les NEM, comme Non Entrée en Matière, du nom de la décision qui a frappé leur demande d'asile. Sans papiers, ni statut, ils ne répondent pas aux critères et n'ont plus le droit d'être en Suisse. Et pourtant ils y restent par milliers. Cachés, sans ressources, dans l'ombre de nos villes.
Il n'y a aucun chiffre officiel, mais on estime qu'entre 8'000
et 12'000 NEM vivent aujourd'hui dans la clandestinité en Suisse.
La plupart sont devenus nomades pour échapper aux contrôles de
police. Le soir venu, ils cherchent un abri pour la nuit. Dans le
meilleur des cas, ils seront hébergés chez des requérants d'asile
solidaires ou par des bénévoles. Sinon, ils passeront une nuit de
SDF, à l'arrière d'un camion ou dans des toilettes… Comment vit-on
quand on est clandestin ? Temps Présent leur donne la parole.
La loi entrée en vigueur le 1er avril 2004 a scellé le sort de
plusieurs milliers de NEM en les privant de l'assistance sociale
dont certains étaient au bénéfice et leur sommant de quitter notre
pays, même s'il fallait y abandonner travail et logement.
La prise en charge des NEM étant une affaire cantonale, l'équipe
de Temps Présent a choisi Soleure et Lausanne pour illustrer le
quotidien de ces gens de l'ombre. Deux villes, deux politiques
divergentes : du côté alémanique, on a choisi de leur mener la vie
dure pour décourager les fraudeurs et leurs amis. On a même tenté
de supprimer l'aide d'urgence prévue par la Constitution fédérale,
que le canton avait accordée à hauteur de fr. 21.- par jour pour se
loger et se nourrir. Du côté vaudois, on préfère offrir un toit
pour la nuit et trois repas pour soulager leur détresse humaine,
quitte à être en parfaite contradiction avec l'objectif de voir ces
gens quitter la Suisse. Et de rentrer dans un éternel dialogue de
sourds : la Suisse ne les accueillera pas, mais jamais, disent-ils,
ils ne partiront. Quitte à vivre, ou plutôt survivre, dans des
conditions horriblement inhumaines.
Un reportage de Frank Preiswerk et Roland Tillmanns Image : Yves Dubois Son : Christophe Jaquier Montage : Robert Mabillard


