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Maquillage permanent : ne risquez pas votre peau !

Emission du mardi 15 septembre 2009

Des dégâts indélébiles

 [RTS] [RTS] Un maquillage permanent raté cause de terribles dégâts. Cette histoire a été vécue dans leur chair par de nombreuses femmes. Normalement, cette forme de tatouage ne devrait pas être pratiquée sur des mineurs et pourtant...



L'exemple de Karine est parlant. Cette jeune femme se voyait avec une asymétrie au niveau de la lèvre supérieure, trop mince à son goût. Elle décide de la faire rectifier par un tatouage permanent. Karine se souvient : « Il (Le tatoueur) m'a tatoué un bon centimètre au-dessus de la lèvre supérieure avec les coins aussi, dans un violet très profond qui a viré par la suite au rose violine brun beige, enfin j'ai eu donc treize couleurs sur la lèvre à vie des pigments qui se résorbaient pas ».



En plus de la douleur endurée, c'est bien dans sa chair que Karine est marquée. Elle qualifie le résultat de catastrophe, se découvrant ainsi défigurée. Elle n'a alors que 15 ans! Son cas est un exemple extrême de ratage, qui illustre les pires pratiques dans le domaine du tatouage et du maquillage permanent.



« On touche le visage des gens, ce n'est pas rien, c'est toute l'identité. Donc, quelqu'un qui est raté est défiguré, confirme Rosina Fleury, spécialiste en dermopigmentation esthétique et réparatrice. Il y a une perte d'identité. Psychologiquement cela a un impact énorme ». Dans son cabinet de Lausanne, cette spécialiste en pigmentation répare les visages abîmés. Chaque semaine elle en reçoit une à deux. Souvent, elles ont été envoyées ici par les hôpitaux ou par des dermatologues pour corriger des bavures. Les exemples sont nombreux : « Ce sont des sourcils asymétriques, des coulures au niveau des yeux, des eyeliners beaucoup trop importants, des bouches en dehors de la muqueuse de la lèvre, trop agrandie, des couleurs beaucoup trop fortes ».

L'une de ses clientes, Yvonne Magnin, a connu la même mésaventure il y a une dizaine d'années. Une esthéticienne itinérante lui avait demandé 600 francs pour un contour des yeux qui s'est révélé bâclé. « Elle a utilisé des aiguilles un peu longues, je trouvais. C'était des aiguilles pour le tatouage du corps je suppose, parce que pendant les séances je pleurais énormément, mes yeux enflaient. Elle était obligée de tirer les paupières pour continuer. Je suis rentrée à la maison. J'avais les yeux presque complètement fermés. J'ai fait des compresses de glace, j'ai fait des compresses fraîches ». Ce n'est qu'après deux jours et la résorption de l'œdème qu'Yvonne découvre un dessin beaucoup plus important que celui désiré.



Même quand il est pratiqué dans les règles de l'art, il faut bien comprendre que le maquillage permanent est un traitement invasif qui doit être réalisé par un spécialiste. C'est un vrai tatouage, puisqu'on pique la peau avec une aiguille pour y injecter des pigments.

 [RTS] [RTS] «Sur ce schéma de la peau, on a la surface de la peau et donc l'épiderme ici et puis en dessous le derme, sa partie superficielle et sa partie profonde, explique le Dr. Maurice Adatto, dermatologue, Quand on parle de maquillage permanent, le pigment est inséré au niveau de l'épiderme et du derme superficiel. Il faut aller sous l'épiderme, sinon les pigments ne restent pas. Si on est seulement dans l'épiderme intraépidermique, le pigment va être éliminé en une semaine. Donc, il faut être un tout petit peu sous l'épiderme. Effectivement, c'est un geste invasif, c'est une effraction de la peau ».



Le maquillage permanent est quasiment un geste médical. Pourtant en Suisse, il n'est pas soumis à un contrôle des autorités. Ce sont des esthéticiennes qui le pratiquent, offrant souvent leurs services sur internet. Impossible en un seul click de se faire une idée de leurs compétences - et il y a risque de tomber entre des mains peu expertes.

Yvonne a eu cette malchance, en répondant à une annonce publiée dans un journal. L'esthéticienne l'a accueillie non pas dans un cabinet mais dans un appartement privé.



Elle se souvient « avoir été assise sur une chaise de salon » et que l'esthéticienne ne s'était pas lavé les mains. Les autres personnes qui passaient avant elle recevant le même traitement, Yvonne était très confiante. « J'étais terriblement naïve... »



A Berne, l'Office fédéral de la santé publique est au courant de ces mauvaises pratiques. Reste que pour l'instant, nos autorités se contentent de la publication toute récente d'un code de bonne conduite, destiné aux professionnels mais non contraignant. Pour protéger le consommateur, il prévoit un questionnaire-santé qui prévient le client des risques encourus et des contre-indications éventuelles.



Carole Meylan, collaboratrice scientifique, exprime la position de l'OFSP : « Chaque personne qui veut se faire tatouer ou avoir un maquillage permanent devrait au préalable vraiment y réfléchir et être consciente que ces pratiques présentent un risque pour sa santé. Il peut y avoir risque d'infection, d'allergie, etc. Donc, une fois qu'elle a bien réfléchi et qu'elle veut quand même se faire tatouer, on lui recommande d'aller consulter un médecin pour vérifier qu'elles n'ont pas de problème d'allergie et également de choisir un studio de tatoueur qui est propre, où les règles d'hygiène sont garanties ».

Dans un salon genevois, Sandra Viglino, technicienne et formatrice en maquillage permanent prend ces recommandations très au sérieux. En fait, elle n'a pas attendu Berne pour appliquer ses propres règles. C'est tout d'abord des gestes méticuleux pour garantir la bonne hygiène de tous les instruments utilisés. Elle est l'une des rares esthéticiennes en Suisse romande à avoir obtenu un label de qualité, délivré par un organisme privé.



Avec chaque nouvelle cliente, il y a d'abord une consultation préalable. Ensuite Sandra fait remplir un questionnaire détaillé d'une quinzaine de pages. « Cela me permet de connaître son état de santé, si je peux la traiter ou pas, si elle est apte au traitement. Et cela lui permet aussi en lisant ces documents, de se rendre compte de l'importance de ce traitement qui n'est pas anodin. Il n'y a pas que des bonnes choses, il y a aussi des possibilités d'allergie et d'infection et ça il faut qu'elle soit au courant».



Le problème, c'est que très souvent, ce traitement est banalisé, comme le montre l'enquête de terrain réalisée par l'équipe d'A Bon Entendeur. Nous avons contacté 23 instituts de beauté dans les trois cantons où se concentrent une majorité des maquilleuses, soit Genève, Vaud et Valais.



Comme le ferait n'importe quelle cliente ou client, nous avons pris des renseignements préalables pour réaliser un contour permanent sur le dessus de la paupière. Cela nous a permis de vérifier si ces instituts donnent les informations nécessaires lors d'un premier contact et mentionnent le questionnaire-santé. Malheureusement, cela a rarement été le cas.

Entretien avec F. Weilhammer : le manque d'informations fournies par les instituts

- Seul un quart des instituts contactés ont donné des informations complètes, tant sur la nature du traitement et son suivi, le type de pigments, et sur les risques encourus et sur la nécessité de remplir un questionnaire médical.



- La moitié des salons visités, n'ont pas expliqué en détail les procédures à nos enquêtrices. Les maquilleuses n'ont pas averti des risques et surtout des contre-indications médicales, par exemple en cas de diabète ou d'hépatite, ou même d'allergie.



- Les prix passent du simple au quadruple : le traitement le moins cher dans ces 13 instituts visités se paie 180 frs, le plus cher 800frs



- Les instituts meilleurs marchés sont ceux qui banalisent le traitement et n'informent pas suffisamment les clients.



Mais attention, notre enquête a porté sur les renseignements donnés aux clientes, pas sur le traitement lui-même, cette corrélation est faite entre informations et prix, ce qui permet tout de même de se faire une bonne idée.



Nous n'avons pas pu juger de la pratique même des instituts faute de volontaires dans l'équipe... Mais la réussite d'un maquillage permanent dépend du sérieux de la formation, de l'expérience, de la précision du geste, de l'hygiène et de la qualité des pigments utilisés.

Attention : pigments dangereux

 [RTS] [RTS] L'enquête inédite publiée mi-juillet par l'Office fédéral de la santé publique a révélé que 80% des échantillons de couleurs pour maquillage ou tatouage prélevés par les chimistes cantonaux en Suisse ne sont pas conformes aux normes légales en vigueur depuis 2008. Certains lots ont même dû être retirés de la circulation.



Carole Meylan, collaboratrice scientifique, OFSP relève que « parmi les résultats obtenus, il y a eu 41% d'échantillons de couleurs contrôlés qui ont dû être interdits d'utilisation parce qu'ils présentaient un danger pour la santé des consommateurs et parmi ces échantillons, on a pu détecter des colorants interdits, des agents conservateurs non admis ou des substances dites cancérigènes. On est certes très déçus par ces résultats qui sont insatisfaisant et démontrent clairement que les fabricants ou utilisateurs de couleurs de tatouage n'ont pas pris au sérieux, et n'ont pas pris leur responsabilité par rapport à leurs produits».

Il y a 5 ans déjà, une enquête d'A Bon Entendeur révélait la présence de substances cancérigènes dans certaines couleurs utilisées par les tatoueurs. Des couleurs qui appartiennent à la même famille de colorants utilisés dans les peintures industrielles, comme certains verts. « Quand on a fait la réunion avec les toxicologues à Berne » se souvient Maurice Adatto, dermatologue, « c'est ce qu'on a retrouvé. C'était du vert de panneau d'autoroute, c'était le même fournisseur que les panneaux d'autoroute suisse ».



Prudence donc avec les couleurs utilisées. D'autant plus qu'il est difficile de les effacer, même au laser. Que le tatouage soit sur le corps ou sur le visage, l'opération est longue et coûteuse. Par exemple, effacer un sourcil peut demander 9 séances de laser pendant deux ans, et plusieurs milliers de francs.



Mais attention, toutes les couleurs ne se prêtent pas à la technique du laser. Maurice Adatto rappelle que « malheureusement, certains pigments, principalement couleur chair, beige, rose ont tendance à virer au noir après l'impact laser. Donc il est clair que si une patiente vient avec un tour de bouche mal fait couleur chair, je ne vais pas faire une séance d'essai laser sur la lèvre parce que si ça vire au noir, c'est une catastrophe. A ce moment là, il ne reste plus que des réparations chirurgicales, mais qui elles forcément, vont laisser des cicatrices ».



Dans d'autres cas, il est possible de camoufler le ratage avec un nouveau tatouage. Yvonne a choisi ce traitement : l'eyeliner noir qui débordait largement a été recoloré avec un pigment clair pour corriger les bavures aux coins des yeux.



Quant à Karine, il lui a fallu plus d'une année de traitements douloureux pour effacer le trait foncé qui ourlait sa lèvre. Sandra a réparé les dégâts en trois étapes : une dépigmentation par solution saline, suivie d'un camouflage et finalement d'un nouveau contour des lèvres.



Au total, Karine aura payé 5000 francs pour ces traitements réparateurs. Son premier tatouage des lèvres raté lui avait, à l'époque, coûté une centaine de francs.



Consultez le rapport de l'OFSP sur les couleurs de tatouage et maquillage permanent et liste noire des produits retirés du marché.

Entretien avec F. Weilhammer : quelques conseils pour choisir son institut

- Consulter son médecin ou son dermatologue ;



- Demander à sa maquilleuse de montrer les photos de traitements réalisés ;



- Poser des questions sur le type de pigments utilisés, sur l'hygiène ;



- Ne pas se faire maquiller par une autre personne que celle qui a mené le premier entretien.

Solarium : Ne risquez pas votre peau !!!

 [RTS] [RTS] Une simple pièce de 5 francs, et vous voilà prêt à bronzer sous un soleil artificiel. Bronzer, ou griller, car oui, en Suisse, ces cabines-sandwich sont pour la plupart accessibles sans contrôle ni avertissements médicaux quant aux risques encourus.



Contrairement à la Belgique et à l'Allemagne, la Suisse ne dispose toujours pas de lois pour réglementer l'accès aux solariums. On sait pourtant depuis des années qu'il est dangereux de s'exposer trop longtemps et trop fort aux rayonnements ultraviolets.

C'est pourquoi certains dermatologues militent activement pour une réglementation plus sévère. Au CHUV, le professeur Panizzon vise en particulier les solariums self service, qui font selon lui courir des risques aux consommateurs. « Cela me choque surtout pour les mineurs, pour les enfants. (...) Cela serait une mesure immédiate que d'arrêter les automates pour les mineurs ».



Petit rappel : qu'ils soient d'origine naturelle ou artificielle, les rayonnements ultraviolets de type A pénètrent profondément dans la peau, la brunissent immédiatement et en accélèrent le vieillissement.



Les UVB brûlent les cellules en surface et bronzent la peau de façon plus persistante. Ils attaquent notre ADN, et combinés à l'effet des UVA, ils peuvent à terme déclencher l'apparition d'un mélanome malin, le cancer cutané le plus mortel.



Ce qu'il faut savoir, c'est que dans les cabines de bronzage, les rayons UVB sont aussi forts que ceux émis par le soleil à son zénith, et les UVA 6 à 10 fois plus puissants. Ces lampes artificielles font courir deux types de risques au public décrit par le professeur Panizzon. « A court terme, c'est simplement un coup de soleil. Cela arrive chaque année ici chez nous. On voit un à deux cas de brûlures profondes. Il faut aussi rappeler que ce que l'on fait subir à notre peau dans ces solariums, nos yeux le subissent également. A cela s'ajoutent les effets à long terme. Pour les femmes c'est toujours intéressant de mentionner le vieillissement de la peau qui est accéléré . Et puis bien sûr, il y a les cancers de la peau.

 [RTS] [RTS] La cause est entendue : cet été, les scientifiques de l'OMS basés à Lyon ont classé les solariums dans le groupe des cancérigènes avérés, aux côtés de l'amiante et de la cigarette par exemple. Ils affirment que « le risque de mélanome cutané augmente de 75% » quand on utilise des cabines de bronzage avant l'âge de 30 ans ».



A l'Office fédéral de la santé publique, cela donne des arguments supplémentaires aux scientifiques qui travaillent sur un projet de loi dont certains articles pourraient restreindre l'accès aux solariums.







« L'annonce de l'OMS confirme que nous sommes sur le bon chemin et cela depuis plusieurs années déjà. Nous déconseillons très clairement le solarium, car ils sont néfastes pour la santé et ils peuvent déclencher le cancer de la peau », explique Beat Gerber, spécialiste rayonnement UV, Division Radioprotection , OFSP.



Sans aller jusqu'à l'interdiction des solariums, Beat Gerber dit que « cela pourrait être une conséquence du projet de loi. Il n'y aura pas d'interdiction générale des solariums. Nous allons plutôt poser des conditions cadre, de sorte à veiller à la sécurité et à la santé des consommateurs. A voir si dans ces conditions, il sera encore possible d'exploiter des solariums selfs service, mais à mon sens, cela ne sera plus le cas »



Concrètement, au vu du processus législatif nécessaire à toute nouvelle loi fédérale, il faudra attendre au moins 5 ans encore pour que de nouvelles règles entrent en vigueur. C'est très long, sachant que la Suisse est le deuxième pays européen le plus touché par le cancer de la peau, juste après la Norvège.



D'autres pays n'ont pas attendu pour interdire les cabines de bronzage automatiques : c'est le cas en Belgique. Aux USA, une vingtaine d'Etats ont au moins interdit l'accès aux mineurs. Certains propriétaires de solarium ont répondu à notre interpellation, comme Metrosun et Easy Sun ; le premier a beau jeu de nous dire qu'il attend des directives officielles et que c'est difficile de prendre des mesures avant, le deuxième nous assure que les rayons de ses cabines ne sont pas plus nocifs que ceux du soleil. Nous A Bon Entendeur, nous disons que vu la lenteur au niveau fédéral, on pourrait agir au niveau cantonal et interdire purement et simplement ces solarium self-service.



C'est une erreur de penser qu'il est bon de préparer votre peau avant l'été, au contraire, vous entamez son capital soleil. En revanche, le solarium peut être recommandé en cas de maladie de la peau comme le psoriasis, mais sous contrôle médical.



Consultez la page de l'Office fédéral de la santé publique OFSP sur les solariums .

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